Pourquoi consulter un diététicien plutôt que suivre les conseils des médias ?
- Marjorie COISY

- 25 mars 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 8 sept. 2025
Magazines, blogs, podcasts, réseaux sociaux : les conseils nutritionnels sont partout. Le problème ? Ils sont souvent délivrés par des personnes non formées à la nutrition ou à la lecture critique des études scientifiques. Or, l’alimentation ne relève pas de l’opinion, de l’expérience personnelle mais de la science. Entre les régimes à la mode, les tendances pseudoscientifiques et les extrapolations hâtives d’études, le grand public se perd… voire met sa santé en danger.
Dans ce contexte, le diététicien-nutritionniste est le professionnel de santé de référence, formé à l’évaluation nutritionnelle et à la prise en charge individualisée. Et quand il est aussi docteur en sciences, cela ajoute une compétence précieuse en analyse critique des publications scientifiques.

1-Médias, influenceurs, pseudo-experts : un brouhaha nutritionnel permanent
Les conseils nutritionnels fleurissent sur les réseaux sociaux, les blogs ou dans les magazines féminins. On y retrouve :
des raccourcis nutritionnels (gluten = poison, sucre = drogue, gras = mauvais) ;
des régimes miracles : cétogène, jeûne intermittent, FODMAP, sans gluten… souvent détournés de leur indication médicale initiale ;
des discours mêlant détox, microbiote, inflammation, hormones… sans fondement scientifique solide.
La majorité de ces contenus ne repose sur aucune validation scientifique. Pire : certaines recommandations peuvent être contre-productives, voire dangereuses. Réduction extrême des apports, diabolisation de certains groupes d’aliments, cures restrictives… Les effets à court terme sont parfois visibles, mais les conséquences à long terme (troubles digestifs, carences, relation dégradée à l’alimentation) sont rarement abordées.
Or, la nutrition est une science complexe, évolutive, et intimement liée à la physiologie, aux pathologies, aux traitements médicaux, à la génétique, au mode de vie, au contexte psychologique et au microbiote. Ce n’est pas une affaire d’opinion ou de mode.
Les recommandations ne sont pas figées, mais s’appuient sur une synthèse rigoureuse d’un grand nombre d’études scientifiques, évaluées selon leur qualité méthodologique, leur reproductibilité et leur applicabilité clinique.
2-Régimes à la mode : des effets délétères trop souvent sous-estimés
Les médias, les réseaux sociaux et certains « experts » proposent régulièrement des régimes à la mode ou des recommandations fondées sur des interprétations erronées d’études scientifiques.
Prenons quelques exemples fréquents :
Le régime cétogène ou low carb
Initialement conçu pour traiter certaines épilepsies pharmacorésistantes, il est détourné à des fins de perte de poids rapide ou chez les sportifs.
Problème : chez les personnes diabétiques sous traitement, il expose à un risque accru de cétose sévère, une complication potentiellement grave (Taylor et al., 2019 ; Handelsman et al., 2022).
Il peut aussi exposer à une élévation du LDL cholestérol augmentant les risques cardiovasculaires, induire une constipation chronique, un déficit en fibres, vitamines et minéraux, perturber le microbiote, voire favoriser des troubles du comportement alimentaire (Freeman JM et al., 2007).
Le régime sans gluten
Utilisé à tort par des personnes non cœliaques comme solution anti-inflammatoire, il peut induire des carences (fibres, vitamines du groupe B, fer, calcium), déséquilibrer l’alimentation et réduire la diversité du microbiote intestinal sans bénéfice prouvé (Biesiekierski, 2017 ; Sathe SK et al., 2021).
Les régimes excluant les FODMAP
Ils peuvent aider en cas de syndrome de l'intestin irritable (SII) diagnostiqué, mais doivent être temporaire et encadrés par un professionnel formé, car ils appauvrissent les bactéries bénéfiques du microbiote et peuvent induire des déséquilibres nutritionnels à long terme (Staudacher et al., 2012).
Les messages vantant ces « régimes miracles » proviennent souvent d’études récentes ou en vogue, mais relayées sans recul ni contexte, voire traduites de manière erronée.
3-Lire la science… ne s’improvise pas
Une lecture critique essentielle
Face au nombre croissant de publications scientifiques en nutrition (des milliers par mois !), il existe un décalage inévitable entre la production de connaissances et la formulation de recommandations officielles.
Certains professionnels ou pseudo-experts tentent de devancer ces recommandations en tirant eux même des conclusions hâtives et erronées à partir d’une seule étude récente, souvent relayée de façon simpliste dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Or :
une étude isolée ne suffit jamais à faire une recommandation,
la plupart des études initiales sont réalisées in vitro ou sur modèles animaux,
la qualité méthodologique varie énormément (petits effectifs, absence de groupe contrôle, biais de sélection, population spécifique…),
le niveau de preuve doit être évalué sur un ensemble cohérent d’études.
C’est là qu’intervient la double compétence diététique et scientifique.
4-L’intérêt d’une double compétence scientifique et diététique
Diététicien : un professionnel de santé diplômé
Le diététicien-nutritionniste est un professionnel de santé paramédical, titulaire d’un diplôme d’État de niveau Bac +2 ou Bac +3 (BTS Diététique ou BUT Génie Biologique option diététique). Cette formation intègre des enseignements fondamentaux en :
Physiologie et biochimie,
Physiopathologies (maladies métaboliques, maladies cardiovasculaires, cancers, maladies digestives, etc.),
Alimentation et diététique thérapeutique, selon les recommandations officielles émises par les autorités de santé (HAS, ANSES, PNNS, SFNCM, etc.)
Science des aliments, techniques culinaires, hygiène alimentaire et recommandations alimentaires en restauration collective
Elle comporte également plusieurs mois de stages pratiques en milieu hospitalier et médico-social, encadrés par des diététiciens expérimentés.
À l’inverse des influenceurs ou des coachs auto-proclamés, le diététicien-nutritionniste a donc une obligation déontologique de se baser sur des données validées scientifiquement, sans jamais mettre en danger la santé de ses patients.
Docteur en sciences des compétences scientifiques supplémentaires
Si le diététicien-nutritionniste est aussi docteur en sciences, il dispose en plus :
D’une maîtrise de la littérature scientifique,
D’un esprit critique rigoureux,
De l’habitude de replacer les résultats dans leur contexte, en évitant les effets de mode ou les biais de confirmation
Et de la capacité à vulgariser les conclusions avec pédagogie.
Cette double compétence permet d’expliquer l’origine de certaines croyances ou idées reçues : beaucoup de régimes à la mode sont issus d’un détournement de publications scientifiques, amplifiées ou mal comprises.
Il peut ainsi désamorcer les discours pseudo-scientifiques et redonner aux patients des outils pour comprendre, pas seulement appliquer.
D’où l’intérêt croissant pour des professionnels de santé qui cumulent ces deux approches : une base clinique et une rigueur scientifique.
Conclusion : choisir un professionnel formé et compétent
La santé ne se délègue pas aux tendances.
En matière de nutrition, mieux vaut un professionnel de santé formé qu’un influenceur bienveillant ou un coach autoproclamé.
Le diététicien-nutritionniste s’appuie sur les recommandations officielles, prend en compte votre situation personnelle et vous accompagne dans la durée.
Et si ce professionnel a en plus une formation scientifique avancée, il pourra vous expliquer clairement les mécanismes physiologiques, démêler le vrai du faux dans les études, et vous protéger des effets délétères des régimes à la mode.
Références
Biesiekierski JR. What is gluten? J Gastroenterol Hepatol. 2017;32 Suppl 1:78–81.
Freeman JM et al. The Ketogenic Diet: One Decade Later – Pediatrics (2007).
Handelsman Y et al. AACE Clinical Practice Guideline: Developing a Diabetes Mellitus Comprehensive Care Plan—2022 Update. Endocr Pract. 2022.
Sathe SK et al. Gluten-free diet and nutritional deficiencies – Clinics in Dermatology (2021).
Staudacher HM et al. Comparison of symptom response following advice for a diet low in fermentable carbohydrates (FODMAPs) versus standard dietary advice in patients with irritable bowel syndrome. J Hum Nutr Diet. 2012;25(5):450–458.
Taylor SI et al. SGLT2 inhibitors may predispose to ketoacidosis. J Clin Endocrinol Metab. 2015;100(8):2849–2852.

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