Image corporelle & santé (Partie 2/2) – Comment améliorer son image corporelle
- Marjorie COISY
- 20 mai
- 6 min de lecture
Bonne nouvelle : l’image corporelle n’est pas figée.
Les recherches en psychologie et en santé publique montrent qu’elle peut évoluer à tout âge grâce à des approches éducatives, cognitives et comportementales adaptées.
Améliorer son image corporelle ne signifie pas changer son corps, mais transformer la relation que l’on entretient avec lui au quotidien.
Il ne s’agit pas d’apprendre à aimer son corps parfaitement, mais d’apprendre à vivre avec lui de manière plus apaisée, plus respectueuse et plus sécurisante pour sa santé physique et mentale.

1-Comprendre ce qu’est une image corporelle positive
Une image corporelle positive ne consiste pas à aimer son apparence en permanence.
Elle correspond plutôt à la capacité de :
respecter son corps même les jours difficiles,
reconnaître ses fonctions plutôt que seulement son apparence,
accepter ses variations naturelles,
diminuer l’auto-critique excessive (Tylka & Wood-Barcalow, 2015).
Une personne ayant une image corporelle positive peut ne pas aimer certaines parties de son corps, tout en continuant à en prendre soin.
👉 Exemple concret :
faire une promenade même en ne se sentant pas « bien dans son corps »
aller à la piscine malgré des complexes
manger suffisamment même après une journée où l’on ne s’aime pas physiquement.
Le changement repose donc davantage sur la manière de traiter son corps que sur la manière dont il paraît.
2-Comprendre les comparaisons sociales pour reprendre du pouvoir
Notre cerveau compare spontanément.
Comparer son corps aux autres est un mécanisme humain normal décrit par la théorie de la comparaison sociale (Festinger, 1954).
Le problème aujourd’hui n’est pas la comparaison elle-même, mais l’environnement de comparaison devenu irréaliste :
images filtrées,
corps sélectionnés,
angles, lumière, retouches,
contenus centrés sur la performance physique ou esthétique.
Le cerveau finit par comparer un corps réel à des images construites.
👉 Exercice concret :
Pendant une semaine :
observer quand apparaissent les comparaisons corporelles,
noter où elles surviennent (Instagram, salle de sport, travail…),
remarquer l’effet émotionnel immédiat.
Cette prise de conscience constitue déjà une première étape thérapeutique.
3-La dissonance cognitive : un puissant levier de changement
La théorie de la dissonance cognitive (Festinger, 1957) montre que nous cherchons naturellement la cohérence entre nos croyances et nos comportements.
De nombreuses personnes continuent à poursuivre l’idéal de minceur tout en constatant qu’il génère souffrance, frustration ou échec répété.
Créer une dissonance consiste à poser des questions simples mais profondes :
Combien d’années ai-je consacrées aux régimes ?
Qu’ont réellement amélioré ces tentatives ?
Mon bien-être a-t-il augmenté ?
Mon rapport à l’alimentation s’est-il apaisé ?
Lorsque la personne réalise elle-même l’écart entre ses efforts et leurs conséquences réelles, les croyances commencent naturellement à évoluer.
Le changement devient alors interne, et non imposé.
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4-Un programme ayant démontré son efficacité : le Body Project
Le Body Project est l’un des programmes de prévention des troubles alimentaires les plus étudiés au monde.
Basé sur la dissonance cognitive, il propose :
discussions critiques des normes corporelles,
des exercices d'analyse des pressions sociales,
des réflexion collectives sur l'idéal de minceur.
Les études montrent :
une diminution durable de l’insatisfaction corporelle,
une réduction des troubles du comportement alimentaire (Stice et al., 2008).
Vous pouvez intégrer ce programme : renseignez vous auprès de votre professionnel de santé.
5-L’éducation aux médias : apprendre à voir autrement
Apprendre à décoder les images constitue un outil majeur pour sortir des mécanismes de comparaisons irréalistes.
L’éducation aux médias consiste à comprendre que les images visibles ne sont pas neutres.
Elles répondent à des objectifs :
marketing,
engagement,
vente,
visibilité algorithmique.
Une image séduisante n’est pas une réalité biologique : c’est souvent une production visuelle.
👉 Exercices concrets :
suivre des comptes montrant des corps diversifiés,
se désabonner des contenus déclenchant comparaison ou culpabilité,
regarder volontairement des contenus éducatifs sur les retouches photo.
Les interventions d’éducation aux médias améliorent significativement l’image corporelle (Levine & Smolak, 2006).
Les campagnes éducatives comme Dove Real Beauty et les documentaires ARTE "Accepte ton corps !" et "Apprendre à accepter son corps" participent à cette prise de conscience.
6-Comprendre avant de changer : documentaires, livres et ressources
Le changement émotionnel est souvent facilité par une compréhension intellectuelle.
Découvrir :
l’histoire sociale de la minceur,
la construction culturelle des normes de beauté,
le rôle économique de l’industrie des régimes,
permet souvent un déclic important.
Comprendre que le problème n’est pas son corps mais le système de normes peut diminuer fortement la culpabilité individuelle.
👉 Retrouvez dans "Ressources patients" sur mon site :
des recommandations de livres sur l'image corporelle et l'auto-compassion
des associations patients notamment sur les troubles du comportement alimentaires.
7- Repenser la santé : alimentation et activité physique autrement
Les approches actuelles en santé publique montrent que les comportements motivés par le soin du corps sont plus durables que ceux motivés par l’apparence.
Cela signifie :
manger pour nourrir son corps,
bouger pour se sentir mieux,
récupérer de l’énergie,
améliorer le sommeil ou la mobilité.
Lorsque l’objectif devient le bien-être plutôt que la transformation corporelle, la motivation devient plus stable et moins culpabilisante.
👉 Exemple clinique fréquent :
Une personne commence une activité physique pour « perdre du poids ».
Elle abandonne rapidement.
La même activité pratiquée pour :
réduire le stress,
améliorer le dos,
retrouver du plaisir de bouger,
a beaucoup plus de chances d’être maintenue.
8- Reconnecter avec son corps : passer du corps jugé au corps vécu
L’insatisfaction corporelle maintient souvent la personne dans un corps observé et jugé.
Améliorer l’image corporelle consiste progressivement à revenir vers un corps ressenti et vécu.
Axes thérapeutiques :
reconnaître la faim et la satiété,
identifier les sensations corporelles,
ralentir pendant les repas,
pratiquer une activité physique centrée sur les sensations,
développer des moments de soin corporel non esthétiques (repos, respiration, étirements).
Plus une personne ressent son corps, moins elle le réduit à son apparence.
Les approches basées sur l’expérience corporelle sont associées à une amélioration durable du rapport au corps et à l’alimentation.
9-L’auto-compassion : un levier
Les travaux de Kristin Neff montrent que l’auto-compassion constitue l’un des facteurs les plus robustes d’amélioration de l’image corporelle.
Elle repose sur trois dimensions :
la bienveillance envers soi plutôt que l’auto-critique,
l’humanité commune : reconnaître que la difficulté corporelle est universelle,
la pleine conscience : observer ses pensées sans fusionner avec elles.
L’auto-compassion ne signifie pas renoncer à prendre soin de soi.
Elle consiste à remplacer la motivation par la honte par une motivation basée sur la sécurité intérieure.
👉 Exercice simple :
Lorsque surgit une pensée comme « je déteste mon corps »,
poser trois questions :
Que dirais-je à un proche dans cette situation ?
Puis-je me parler avec la même gentillesse ?
De quoi ai-je besoin maintenant ?
Les études associent l’auto-compassion à :
moins de honte corporelle,
moins de restriction alimentaire,
moins de comparaisons sociales,
une meilleure stabilité émotionnelle (Neff, 2011).
10-Agir sur son environnement : sortir du fat talk
L’image corporelle se construit aussi collectivement.
Le fat talk correspond aux conversations centrées sur la critique du corps :
« je suis énorme »
« je ne devrais pas manger ça »
« il faut absolument que je maigrisse »
Ces échanges paraissent anodins mais renforcent l’insatisfaction corporelle (Nichter, 2000).
Actions concrètes possibles :
éviter de critiquer son propre corps devant autrui,
ne pas commenter le poids des autres,
changer doucement le sujet,
valoriser les capacités, les émotions ou les expériences vécues.
Modifier ces interactions protège à la fois son image corporelle et celle de son entourage, notamment des enfants et adolescents.
11-Accepter le développement naturel du corps
Le corps n’est pas stable biologiquement.
Il évolue tout au long de la vie :
puberté,
grossesse,
maladies
vieillissement,
ménopause,
Une image corporelle apaisée implique d’intégrer que le corps vivant change.
Chercher une stabilité corporelle permanente revient souvent à lutter contre la biologie elle-même.
Accepter ces transformations permet de sortir d’un idéal irréaliste de contrôle total du corps.
12-Apprendre à se protéger psychologiquement
Améliorer son image corporelle passe aussi par des limites relationnelles et numériques.
Cela peut inclure :
choisir des comptes inspirants plutôt que comparatifs,
limiter l’exposition aux contenus centrés sur le poids,
quitter des discussions dévalorisantes,
apprendre à dire : « Je préfère ne pas parler de poids ».
Se protéger n’est pas de la fragilité : c’est une compétence de santé mentale.
13-Quand un accompagnement professionnel devient utile
Certaines situations nécessitent un accompagnement :
régimes répétés,
culpabilité alimentaire persistante,
évitement social lié au corps,
préoccupations corporelles envahissantes.
suspicion de troubles du comportement alimentaire.
Un accompagnement intégrant l’image corporelle, alimentation et santé mentale permet de travailler simultanément :
les comportements alimentaires,
l’estime de soi,
la sécurité corporelle,
la relation au plaisir alimentaire.
L’objectif n’est pas seulement de modifier l’alimentation, mais de reconstruire une relation durablement sécurisée avec son corps.
Conclusion
Améliorer son image corporelle n’est pas un objectif esthétique mais un processus de santé globale.
Il ne s’agit pas d’aimer son corps parfaitement, mais de cesser d’être en guerre contre lui.
Grâce à :
la compréhension des normes sociales,
des outils validés scientifiquement,
un environnement soutenant,
et parfois un accompagnement professionnel,
il devient possible de construire progressivement une relation plus sereine avec son corps.
Prendre soin de son image corporelle, c’est aussi modifier la culture corporelle transmise aux générations futures.
Références
Festinger L. A Theory of Cognitive Dissonance. 1957.
Levine MP., Smolak L. Media literacy interventions. 2006.Stice E. et al. Dissonance-based prevention programs. Journal of Consulting and Clinical Psychology. 2008.
Neff KD. Self-Compassion research. Self and Identity. 2011.
Nichter M. Fat Talk. Harvard University Press, 2000.
Tylka TL., Wood-Barcalow NL. Positive body image. Body Image. 2015.
